Indy : la startup lyonnaise qui a réinventé la comptabilité des indépendants

Avant de choisir Indy comme Plateforme Agréée (PA) pour la réforme de la facturation électronique, il est utile de comprendre qui se cache derrière ce nom. Indy est une entreprise française fondée à Lyon, dont le parcours illustre une conviction forte : la comptabilité des travailleurs indépendants et des petites entreprises n'a pas à être une corvée. De ses débuts discrets sous un prénom de robot jusqu'à son immatriculation officielle comme PA, voici l'histoire de cette startup lyonnaise racontée clairement et chronologiquement.

La genèse : quatre entrepreneurs lyonnais et un constat partagé

Indy a été lancé en 2016 à Lyon par quatre jeunes entrepreneurs diplômés du secteur des logiciels en ligne : Côme Fouques, Adrien Plat, Romain Koenig et Pablo Larvor. Le point de départ est un constat simple mais ancré dans le réel : pour un travailleur indépendant — qu'il soit médecin, avocat, consultant, artisan ou freelance — gérer sa comptabilité représente une charge mentale et administrative considérable. Comprendre les règles fiscales, catégoriser ses transactions, remplir ses déclarations, produire sa liasse fiscale… autant de tâches chronophages qui n'ont aucun lien direct avec le cœur de métier de l'indépendant.

La question que se posent les quatre fondateurs est radicale : pourquoi la comptabilité est-elle aussi fastidieuse, alors que la technologie permettrait de l'automatiser en grande partie ? La saisie manuelle, la catégorisation manuelle, les centaines de règles fiscales à connaître… tout cela rend le travail très fastidieux alors que l'on peut l'automatiser grâce aux nouvelles technologies. C'est de cette conviction que naît le projet, qui s'appuie dès le départ sur deux piliers : l'automatisation maximale des tâches répétitives et une interface volontairement simple, pensée pour des non-comptables.

Georges le robot comptable : les premières années (2016–2020)

La société est immatriculée sous le nom Georges.tech, et son logiciel est lancé sous le nom évocateur de « Georges le robot comptable ». Le choix du prénom est délibéré : il symbolise un assistant virtuel bienveillant, accessible, qui fait la comptabilité à la place de l'indépendant. Dans ses premières versions, l'application accompagne les travailleurs indépendants soumis au régime des Bénéfices Non Commerciaux (BNC) dans leur comptabilité. Le régime BNC — Bénéfices Non Commerciaux — désigne le régime fiscal applicable aux professions libérales (médecins, avocats, kinésithérapeutes, architectes, consultants…), distincte du régime des commerçants ou artisans.

Le logiciel fonctionne selon un principe de synchronisation bancaire : il se connecte en lecture au compte bancaire de l'indépendant, récupère automatiquement les transactions, les catégorise selon les règles fiscales en vigueur, et produit les déclarations obligatoires en quelques clics. L'indépendant n'a plus qu'à vérifier et valider. C'est une rupture nette avec les logiciels comptables traditionnels, conçus pour et par des experts-comptables.

En 2018, la startup lève 1 million d'euros auprès de Kerala Ventures et de Fast Forward, et intègre le programme WAI de BNP Paribas, destiné à accompagner de jeunes entreprises dans leur croissance. Ce premier financement lui permet de consolider son équipe technique et d'améliorer le produit. En juin 2019, Georges réalise une première levée de fonds en série A de 10 millions d'euros, menée notamment par Alven Capital. La même année, la société acquiert BNC Express, un logiciel de comptabilité libérale déjà bien implanté dans les professions de santé. Ce rachat lui permet d'accélérer son déploiement auprès d'une clientèle déjà digitalisée et habituée à gérer sa comptabilité de façon autonome.

En 2020, Georges fait le choix d'élargir son offre en proposant son logiciel aux sociétés d'indépendants : SASU, EURL, SELARL, SARL et SAS. C'est une étape importante : jusqu'alors réservé aux entreprises individuelles en BNC, le logiciel s'ouvre à des structures juridiques plus formelles, dont les obligations comptables sont plus étendues.

Le changement de nom : Georges devient Indy (2021)

En 2021, Georges change de nom et devient Indy. Ce rebranding est accompagné d'une levée de fonds de 35 millions d'euros en Série B, menée par Singular, avec le soutien renouvelé d'Alven Capital et de Kerala Ventures. La startup lyonnaise qui automatise la comptabilité des indépendants ambitionne alors d'accélérer son développement en France et de déployer sa solution aux États-Unis.

Le choix du nom « Indy » est porteur de sens. Comme l'explique Côme Fouques, président et co-fondateur : « Avec Indy, nous voulons construire un ensemble de solutions dédiées aux indépendants. En choisissant ce nom, nous voulons affirmer haut et fort que nous ne nous occupons que des indépendants mais que nous le faisons bien. » Le nom est court, mémorisable, à consonance internationale — une exigence pour une entreprise qui envisage alors de traverser l'Atlantique. Pour les clients existants, ce changement est indolore : le support client reste 100 % basé en France, à Lyon, le logiciel est identique, et le prix ne change pas.

La même année, Indy lance une aide à la création d'entreprise, s'affirmant comme un accompagnateur sur toute la vie administrative de l'indépendant — de la naissance de la structure à la tenue quotidienne de la comptabilité. En 2022, Indy fait le pari audacieux de changer de modèle économique en proposant sa solution de gestion comptable gratuitement , incluant la tenue de comptabilité, la gestion des justificatifs et la facturation client. Cette décision, rare dans le secteur, est un signal fort envoyé au marché : Indy mise sur le volume d'utilisateurs et sur des offres premium additionnelles plutôt que sur un abonnement de base payant. La même année, l'application s'ouvre aux SCI (Sociétés Civiles Immobilières), utilisées notamment par les investisseurs immobiliers.

La maturité : levées de fonds, croissance et controverse (2022–2024)

Le parcours d'Indy n'est pas exempt de turbulences. En 2022, l'Ordre des experts-comptables Auvergne-Rhône-Alpes assigne Indy en justice pour exercice illégal de la profession d'expert-comptable. Cette action judiciaire illustre une tension de fond dans le secteur : jusqu'où un logiciel automatisé peut-il aller dans la production d'actes comptables sans relever du monopole légal de la profession d'expert-comptable ? Ce débat, qui dépasse largement le cas Indy, est le reflet d'une transformation profonde du métier à l'ère du numérique. Sans entrer dans les détails d'une procédure complexe, il convient de noter qu'Indy a continué à opérer et à se développer pendant cette période, ce qui témoigne d'une confiance maintenue de ses utilisateurs et de ses investisseurs.

En novembre 2023, Indy lève 40 millions d'euros en Série C, avec l'entrée au capital de BlackFin Capital Partners, La Maison Partners et iXO Private Equity. Ce tour de table porte le total des fonds levés depuis la création à 86 millions d'euros — une somme conséquente pour une entreprise fondée sans capital de départ significatif.

Indy aujourd'hui : chiffres clés et positionnement

Créée en 2016, Indy revendique plus de 200 000 indépendants utilisateurs et plus de 3 millions de factures émises. L'entreprise emploie 300 collaborateurs, répartis entre Lyon et Paris. Son siège social est établi au 94 rue Robert, dans le 6e arrondissement de Lyon — un ancrage lyonnais assumé, dans une ville dont l'écosystème tech est en pleine effervescence. Côme Fouques, co-fondateur et président depuis l'origine, reste à la tête de l'entreprise, assurant une continuité managériale rare pour une startup à ce stade de développement.

La cible d'Indy reste clairement définie : les travailleurs indépendants et les petites structures qui souhaitent gérer leur comptabilité elles-mêmes, sans recourir à un cabinet d'expertise comptable traditionnel, ou en complément d'un accompagnement ponctuel. Cette spécialisation est à la fois une force — une offre très lisible — et une limite : Indy convient davantage aux activités de services simples qu'aux structures avec de nombreux salariés, des opérations complexes ou des besoins d'accompagnement stratégique poussé.

Indy face à la réforme de la facturation électronique

La réforme de la facturation électronique représente pour Indy une confirmation naturelle de sa trajectoire. Depuis toujours positionnée sur la simplification des obligations administratives des indépendants, l'entreprise a engagé les démarches d'immatriculation auprès de la DGFiP bien en amont des échéances réglementaires.

Indy a officialisé son immatriculation définitive comme Plateforme Agréée le 22 janvier 2026. Cette immatriculation définitive — et non simplement « sous réserve » — signifie que l'entreprise a franchi avec succès l'intégralité des étapes prévues par la DGFiP : validation administrative du dossier, tests d'interopérabilité avec le Portail Public de Facturation (PPF), et vérification de la conformité technique aux formats de factures reconnus. C'est une distinction importante : depuis le 11 décembre 2025, la DGFiP a commencé à délivrer les premières immatriculations définitives, et à ce jour, 108 plateformes ont validé ces tests — Indy en fait partie.

Sur le plan fonctionnel, la facturation électronique est incluse sans surcoût dans toutes les offres Indy. Les utilisateurs peuvent créer autant de factures et de devis que souhaité, sans limite, et ce sera toujours gratuit après l'entrée en vigueur de l'obligation en septembre 2026. Cette promesse de gratuité durable, assumée publiquement, est un élément de différenciation notable par rapport à des concurrents qui facturent à l'unité ou conditionnent l'accès PA à un abonnement premium.

Au-delà de l'outil, Indy met en avant un engagement pédagogique autour de la réforme. Dès avril 2025, l'entreprise a lancé une série de webinaires dédiés à la facturation électronique. En moins d'un an, plus de 10 000 professionnels ont été sensibilisés à ces enjeux. Cet effort de formation traduit une culture d'entreprise cohérente avec son positionnement originel : rendre la comptabilité accessible à tous, y compris dans ses dimensions les plus techniques.

L'immatriculation définitive comme Plateforme Agréée s'inscrit dans une vision de long terme pour Indy, qui ambitionne de proposer une solution unique centralisant l'ensemble des démarches administratives des indépendants — de la facturation aux déclarations fiscales, en passant par la comptabilité — au sein d'une seule application. Pour un indépendant ou un dirigeant de petite structure, cette intégration verticale représente un gain de temps et de cohérence considérable : les factures émises via la PA Indy s'intègrent directement dans la comptabilité et pré-remplissent les déclarations de TVA, sans ressaisie ni intervention manuelle.

Ce qu'il faut retenir pour votre décision

Indy est une entreprise française fondée en 2016 à Lyon, dont le parcours — de Georges le robot comptable jusqu'à la Plateforme Agréée immatriculée définitivement — témoigne d'une spécialisation cohérente et d'une capacité d'adaptation aux évolutions réglementaires. Son immatriculation définitive obtenue en janvier 2026 la place parmi les acteurs les plus avancés du marché sur le plan de la conformité technique. Sa promesse de gratuité de la facturation électronique et son ancrage fort dans l'univers des indépendants en font une option particulièrement adaptée aux TPE, professions libérales et petites sociétés qui cherchent à simplifier — et non à complexifier — leur organisation administrative. Comme pour toute plateforme, il reste conseillé de vérifier l'état actuel de l'immatriculation sur la liste officielle publiée par la DGFiP sur impots.gouv.fr, seule référence faisant foi au moment de votre choix.