Apporter un appartement, un local commercial ou un immeuble de rapport à une société est une opération courante : création d’une société d’exploitation, constitution d’une SCI familiale, augmentation de capital par apport d’un bien. Mais un immeuble ne se « valorise » pas au hasard. Selon la forme de la société, l’intervention d’un commissaire aux apports est obligatoire, facultative ou simplement recommandée. Voici comment s’y retrouver.

Rapport du commissaire aux apports : rôle, contenu, modèle et dépôtℹ️

L’apport en nature d’un bien immobilier : le principe

Un associé peut apporter à la société, en contrepartie de parts sociales ou d’actions, de l’argent (apport en numéraire), des biens (apport en nature) ou un savoir-faire (apport en industrie, dans certaines formes de sociétés). Un immeuble est un apport en nature.

La difficulté tient à l’évaluation : le bien est valorisé par les parties, mais cette valeur détermine le capital, le nombre de titres remis à l’apporteur et donc le poids de chacun dans la société. Le commissaire aux apports apporte un regard indépendant pour vérifier que la valeur n’est pas surévaluée. Il est généralement commissaire aux comptes ou expert inscrit près les tribunaux. Pour la présentation générale de son rôle et du contenu du rapport, consultez notre article Rapport du commissaire aux apports.

Quand un commissaire aux apports est-il nécessaire ?

Forme de sociétéApport d’un immeuble
SARL, EURLCommissaire aux apports en principe obligatoire. Dispense possible uniquement si aucun apport en nature n’excède 30 000 € et si le total des apports en nature non évalués reste inférieur à la moitié du capital. Un immeuble dépasse presque toujours ce seuil.
SAS, SASUMême logique : intervention en principe obligatoire, avec une possibilité de dispense sous conditions strictes (voir notre guide général).
SA, SCAObligatoire pour les apports en nature, avec des dispenses limitées.
SCI, autres sociétés civiles, SNCPas d’obligation légale : les associés évaluent librement l’apport. Un commissaire peut être désigné volontairement.
À retenir : en SARL, l’absence de commissaire aux apports engage la responsabilité des associés vis-à-vis des tiers, solidairement et pendant 5 ans, sur la valeur attribuée aux apports en nature. Dès qu’un immeuble de valeur significative est apporté à une SARL ou une SAS, le recours au commissaire est donc, en pratique, la règle.

Apport d’un immeuble à une SCI

La SCI est la structure la plus courante pour détenir de l’immobilier (gestion familiale, transmission, détention d’un bien locatif). La loi n’impose pas de commissaire aux apports dans une société civile : les associés fixent eux-mêmes la valeur de l’immeuble apporté.

Faire appel à un commissaire aux apports reste pourtant utile dans plusieurs situations :

  • plusieurs associés non apparentés : le rapport garantit l’égalité entre l’apporteur de l’immeuble et ceux qui apportent de l’argent ;
  • apport d’un bien de forte valeur ou d’un immeuble complexe (plusieurs lots, location, passif important) ;
  • transmission familiale : disposer d’une évaluation indépendante réduit le risque de contestation ultérieure entre héritiers ou associés ;
  • prévention des litiges avec l’administration ou avec un futur acquéreur des parts.

Les statuts de la SCI peuvent aussi prévoir cette évaluation indépendante comme condition de l’apport. Le rapport n’est dans ce cas pas imposé par la loi, mais par les associés eux-mêmes.

Création de société avec apport immobilier

Lors de la création d’une SARL, d’une SAS ou d’une SA, les statuts contiennent l’évaluation des apports en nature. Elle est faite au vu du rapport du commissaire aux apports, annexé aux statuts. Le commissaire est désigné à l’unanimité des futurs associés ou, à défaut d’accord, par décision de justice.

Points d’attention propres à l’immobilier :

  • le rapport doit être disponible avant la signature des statuts : l’expertise du bien est donc à lancer en amont ;
  • l’apport d’un immeuble est constaté par acte authentique pour pouvoir être publié au service de la publicité foncière : le notaire intervient aux côtés du commissaire ;
  • le bien doit être libre de tout obstacle juridique : propriété établie, consentement du conjoint si le bien est commun, absence de sûretés non déclarées.

Augmentation de capital par apport d’un immeuble

Une société existante peut augmenter son capital en échange d’un immeuble apporté par un associé ou par un tiers. L’évaluation de l’apport est alors soumise à l’assemblée ou aux associés, au vu du rapport du commissaire aux apports.

  • L’opération est décidée par une décision collective extraordinaire des associés.
  • Le rapport est mis à disposition des associés et déposé au greffe au moins 8 jours avant la décision (voir les précisions dans notre guide sur le dépôt du rapport).
  • Les associés ne peuvent pas retenir une valeur supérieure à celle fixée par le commissaire.
  • Si l’immeuble vaut plus que l’augmentation de capital, la différence peut être comptabilisée en prime d’apport.

Comment le bien est évalué

Le commissaire aux apports n’est pas nécessairement un spécialiste de l’immobilier. Il peut donc s’appuyer sur une expertise immobilière indépendante pour établir la valeur vénale du bien, puis apprécier la démarche et la cohérence des hypothèses.

Les approches d’évaluation généralement utilisées

  • Comparaison : prix de ventes récentes de biens similaires dans le même secteur.
  • Capitalisation des revenus : valeur issue des loyers perçus ou potentiels, pour un immeuble loué.
  • Coût de remplacement ou approche par les charges foncières, pour des biens spécifiques ou à construire.

Ce que le commissaire vérifie

  • l’existence et la propriété du bien (titre de propriété, désignation cadastrale, lots de copropriété) ;
  • sa libre disponibilité : hypothèques, privilèges, servitudes, baux, droit de préemption éventuel ;
  • la situation locative et la qualité des loyers ;
  • le passif transmis avec l’immeuble : un emprunt repris par la société vient en déduction, l’apport s’appréciant alors net de la dette ;
  • la cohérence entre la valeur retenue par les parties, celle de l’expertise et la rémunération de l’apporteur.

Sa conclusion vise la non-surévaluation : l’apport net doit être au moins égal au capital souscrit, majoré de la prime d’apport le cas échéant.

Les étapes de la mission

  1. Cadrage : description de l’immeuble, de l’opération (création, augmentation), de l’apporteur et du mode de rémunération.
  2. Désignation : décision unanime des associés ou requête au président du tribunal, puis lettre de mission.
  3. Collecte des documents : titre de propriété, état hypothécaire, baux, charges, éventuel emprunt, expertise immobilière.
  4. Diligences : contrôle des documents, entretiens, appréciation de la méthode d’évaluation.
  5. Rapport : remise du rapport signé, avec la conclusion sur la valeur.
  6. Décision des associés et acte notarié constatant l’apport, publication foncière, formalités au greffe.

Notaire, fiscalité : ce qui reste à traiter à côté

Le rapport du commissaire aux apports ne règle ni la forme de l’acte ni la fiscalité. Selon la situation (apporteur particulier ou société, société soumise à l’impôt sur le revenu ou à l’impôt sur les sociétés, bien grevé d’un emprunt, régime matrimonial), l’apport d’un immeuble peut avoir des conséquences sur la plus-value immobilière, les droits d’enregistrement ou la publicité foncière. Ces sujets relèvent du notaire, de l’avocat fiscaliste ou de l’expert-comptable. Le commissaire aux apports, lui, ne donne pas de conseil sur l’opération, car cela serait incompatible avec sa mission.

Choisir son commissaire aux apports

Les points de vigilance

  • Un professionnel inscrit : commissaire aux comptes ou expert inscrit sur les listes des cours et tribunaux. Les compagnies régionales des commissaires aux comptes (CRCC), qui organisent la profession au niveau régional, constituent un interlocuteur pour se renseigner sur un professionnel.
  • L’indépendance : dans un arrêt publié du 28 mai 2026, rapporté par la revue Defrénois, la Cour de cassation a rappelé que les fonctions de commissaire aux apports sont incompatibles avec toute activité ou acte de nature à porter atteinte à son indépendance vis-à-vis d’une partie à l’opération, à peine de nullité des délibérations prises au vu de son rapport, cette nullité s’étendant à la lettre de mission. Avant de signer, vérifiez donc que le professionnel n’a pas de mission de conseil ou de comptabilité auprès des parties à l’apport. Pour le détail de cette décision, reportez-vous au texte de l’arrêt ou à un conseil juridique.
  • L’expérience en immobilier ou la capacité à s’appuyer sur un expert immobilier.
  • Le périmètre de la mission et le prix, à faire préciser par écrit dans un devis. Les honoraires dépendent notamment de la nature et de la valeur des biens ; nous ne communiquons pas de tarif type.

Cabinets et services en ligne

Pour trouver un professionnel près de chez vous, vous pouvez consulter l’annuaire des commissaires aux comptes de Findeo. Il existe aussi des offres en ligne dédiées au commissariat aux apports. C’est le cas de SECOFI Audit, cabinet propriétaire du site Exxactitude.com, dirigé par un gérant commissaire aux comptes inscrit. D’après ses documents contractuels consultables en ligne, il propose un « pack » incluant la préparation de la désignation du commissaire aux apports, la mise en œuvre des diligences et l’émission du rapport, dans le cadre d’une mission ponctuelle sans mission de conseil. Comme pour tout prestataire, comparez les offres et vérifiez, pour un immeuble, que le périmètre couvre bien l’appui à l’évaluation immobilière et l’éventuelle expertise.

Questions fréquentes

Un commissaire aux apports est-il obligatoire pour une SCI ?

Non, la loi ne l’impose pas aux sociétés civiles. Il peut cependant être désigné volontairement, notamment pour sécuriser l’évaluation entre associés.

Peut-on apporter un immeuble à une SARL ou une SAS sans commissaire ?

Seulement si les conditions de dispense sont réunies, notamment un apport inférieur à 30 000 € et un total inférieur à la moitié du capital. Un immeuble dépasse le plus souvent ce montant, et en cas d’absence de commissaire les associés restent responsables 5 ans de la valeur retenue.

Le rapport remplace-t-il l’expertise immobilière ?

Non. L’expertise donne la valeur du bien ; le rapport apprécie la valeur de l’apport au regard de ce qui est proposé aux associés. Le commissaire peut s’appuyer sur l’expertise.

L’emprunt qui finance le bien est-il pris en compte ?

Oui. Lorsque la société reprend la dette, l’apport est apprécié pour sa valeur nette.

Qui paie le commissaire aux apports ?

Ses honoraires sont généralement supportés par la société bénéficiaire de l’apport.