Dirigeants, entrepreneurs et responsables financiers, la question de la rémunération du président de SASU revient souvent et rarement sans hésitation. Comment se payer de manière pertinente ? Faut-il privilégier un salaire, se verser des dividendes ou trouver le bon équilibre entre les deux ?
Déduire les frais réels (kilomètriques / repas) de l'impôtAu-delà des seuls aspects comptables, ce choix a des conséquences très concrètes sur votre protection sociale, votre fiscalité personnelle et la trésorerie de votre SASU. Chaque option obéit à des mécanismes spécifiques qu’il est essentiel de bien comprendre avant de trancher. L’objectif est donc de lever les zones d’ombre autour de la rémunération du président de SASU afin de vous permettre de faire des choix à la fois éclairés et réellement stratégiques.
Le président de SASU : un statut à part
La liberté, maître-mot de la SASU
La Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle (SASU) est devenue la forme juridique préférée de nombreux entrepreneurs, et ce n'est pas un hasard. Sa flexibilité, notamment en matière de gouvernance et de rémunération des dirigeants, est inégalée. Contrairement à d'autres statuts où la rémunération minimale peut être imposée ou fortement encadrée, le président de SASU jouit d'une grande liberté. Il peut décider de se verser un salaire, de ne rien prendre, ou d'opter pour une distribution de dividendes. Cette souplesse est une arme à double tranchant : elle offre des opportunités d'optimisation, mais exige une réflexion approfondie pour éviter les pièges.
Assimilé-salarié : le régime social avantageux (ou presque)
L'un des piliers du statut de président de SASU est son affiliation au régime des "assimilés-salariés". Qu'est-ce que cela signifie concrètement ? Si vous décidez de vous verser un salaire, vous cotisez aux mêmes caisses que les salariés classiques, vous offrant ainsi une protection sociale similaire : assurance maladie, maternité, invalidité, décès, et retraite du régime général. C'est une réelle sécurité pour de nombreux entrepreneurs. Cependant, cette protection a un coût : les charges sociales sont significatives, avoisinant les 75 à 80% du salaire net que vous percevez. De plus, un point crucial est souvent mal compris : en tant qu'assimilé-salarié pour votre mandat social, vous ne cotisez généralement pas pour l'assurance chômage. C'est une différence fondamentale avec un véritable salarié.
Quelles options pour se rémunérer ?
L'option "Salaire" : Sécurité et charges sociales
Se verser un salaire en tant que président de SASU est l'option la plus directe et la plus sécurisante sur le plan social. Chaque mois, votre SASU établit une fiche de paie, procède au versement du salaire net et s'acquitte des charges sociales correspondantes. L'avantage majeur est l'acquisition de droits sociaux. Vous êtes couvert en cas de maladie, vous validez des trimestres pour votre retraite, et vous bénéficiez d'une certaine régularité de revenus, ce qui peut rassurer les banques ou les propriétaires. Cependant, comme évoqué, le revers de la médaille réside dans le poids des charges sociales. Elles réduisent considérablement le montant net disponible pour le dirigeant et représentent une sortie de trésorerie importante pour la société. Il est donc essentiel de bien évaluer si la trésorerie de votre SASU peut supporter cette charge de manière régulière.
Les dividendes : Optimisation fiscale et manque de protection
L'alternative au salaire est la distribution de dividendes. Cette option consiste à se verser une partie des bénéfices de la société après le paiement de l'Impôt sur les Sociétés (IS). Les dividendes sont soumis à la "flat tax" (Prélèvement Forfaitaire Unique - PFU) de 30% (composée de 12,8% d'impôt sur le revenu et 17,2% de prélèvements sociaux - CSG/CRDS). Vous pouvez également opter pour l'intégration des dividendes à votre revenu imposable (barème progressif de l'impôt sur le revenu) après un abattement de 40%, mais les prélèvements sociaux de 17,2% restent dus. L'attrait principal des dividendes réside dans des prélèvements sociaux bien moins élevés (uniquement la CSG/CRDS à 17,2% sur le montant brut versé, contre environ 45% sur un salaire brut avant calcul du net). Fiscalement, cela peut être très avantageux, surtout si votre revenu personnel est déjà élevé. Mais attention, les dividendes n'ouvrent aucun droit social : pas de couverture maladie, pas de retraite, pas de chômage. De plus, ils ne peuvent être versés que si la société réalise des bénéfices et sont généralement décidés une fois par an lors de l'Assemblée Générale annuelle.
Combiner salaire et dividendes : la stratégie équilibrée
Pour beaucoup, la solution la plus pertinente réside dans une approche hybride. L'idée est de trouver un équilibre entre la sécurité sociale et l'optimisation fiscale. Un président de SASU pourra, par exemple, se verser un salaire modéré lui assurant une couverture sociale minimale (validation de trimestres de retraite, accès à la sécurité sociale) tout en limitant l'impact des charges sociales sur sa trésorerie. Une fois que la SASU réalise des bénéfices confortables, le complément de rémunération pourra être versé sous forme de dividendes, profitant ainsi de leur fiscalité plus légère sur le plan social. Cette stratégie nécessite une analyse précise de vos besoins personnels en termes de protection sociale, de la rentabilité de votre entreprise et de votre situation fiscale globale.
Comment choisir la meilleure stratégie pour vous ?
La situation financière de votre SASU
La première question à vous poser est simple : votre SASU a-t-elle les moyens de vous rémunérer ? Un salaire régulier demande une trésorerie stable et prévisible. Si votre activité est fluctuante ou en phase de démarrage, se verser un salaire pourrait fragiliser l'entreprise. Les dividendes, quant à eux, ne peuvent être distribués qu'à partir de bénéfices réels, après l'impôt sur les sociétés. Une entreprise en croissance qui réinvestit massivement ses bénéfices pourrait privilégier une rémunération minimale pour préserver ses capitaux.
Vos besoins personnels et votre protection sociale
Vos besoins personnels sont primordiaux. Avez-vous besoin d'un revenu régulier pour vivre ? Êtes-vous déjà couvert par un autre régime (conjoint, précédente activité) ? Si vous n'avez aucune autre couverture sociale, un salaire, même modeste, est fortement recommandé pour garantir votre accès aux soins et valider des droits à la retraite. Pensez également à la prévoyance : un contrat de prévoyance complémentaire peut pallier certaines lacunes du régime social des assimilés-salariés, notamment en cas d'incapacité de travail.
L'optimisation fiscale et sociale
La décision de rémunération ne doit jamais être prise isolément. Il faut l'intégrer dans une stratégie globale d'optimisation. L'objectif est de minimiser le "coût total" de votre rémunération pour la société (charges sociales patronales + IS) et pour vous (charges sociales salariales + impôt sur le revenu). Cette optimisation est un véritable jeu d'équilibriste, où chaque euro de salaire ou de dividende a des implications différentes. C'est précisément là qu'une expertise comptable prend tout son sens, avec des simulations personnalisées.
Les aides à la création et les dispositifs spécifiques
Certains dispositifs peuvent influencer votre choix. L'ACRE (Aide aux Créateurs et Repreneurs d'Entreprise), par exemple, permet de bénéficier d'une exonération partielle de charges sociales pendant la première année d'activité, rendant l'option salaire plus attractive au démarrage. Si vous bénéficiez de l'ARCE (Aide à la Reprise ou Création d'Entreprise), qui consiste à percevoir un capital de vos droits au chômage, sachez que vous ne pourrez pas vous verser de salaire pour la période couverte par le versement de l'ARCE, sous peine de devoir la rembourser. Ces spécificités doivent être prises en compte dans votre réflexion.
Mettre en œuvre votre décision : aspects pratiques et vigilance
Formalisation de la rémunération
Que vous optiez pour un salaire, des dividendes ou un mélange des deux, la décision doit être formalisée. Pour un salaire, une décision du président ou une clause statutaire peut suffire à définir la rémunération. Pour les dividendes, une décision d'Assemblée Générale Ordinaire (AGO) est obligatoire pour approuver les comptes et décider de l'affectation du résultat. Une tenue rigoureuse de la comptabilité est, bien sûr, indispensable.
Les "non-choix" : l'absence de rémunération
Il est tout à fait possible de ne pas se verser de rémunération en tant que président de SASU, notamment au démarrage de l'activité. Cela permet de préserver la trésorerie de l'entreprise et d'éviter les charges sociales. Cependant, il est crucial de rappeler que cette absence de rémunération implique l'absence totale de couverture sociale et de validation de droits à la retraite via votre activité. Il faut donc être vigilant et s'assurer d'une couverture ailleurs si c'est votre cas.
Ne pas confondre salaire et avantages en nature/remboursements
Un point de vigilance important est la distinction entre votre rémunération (salaire ou dividendes) et les remboursements de frais professionnels ou les avantages en nature. Les frais professionnels légitimes (déplacements, repas d'affaires, fournitures...) ne sont pas considérés comme du revenu et ne sont pas soumis à cotisations sociales. De même, un véhicule de fonction ou un logement mis à disposition constituent des avantages en nature qui, eux, sont soumis à cotisations sociales et à l'impôt sur le revenu. Une bonne gestion de ces éléments permet d'optimiser sans tomber dans les pièges du redressement URSSAF ou fiscal.
En somme, le salaire du président de SASU n'est pas une simple ligne comptable, mais une décision stratégique qui entrelace votre vie personnelle et le devenir de votre entreprise. La liberté offerte par la SASU est une chance, mais elle impose une analyse rigoureuse et une connaissance des implications de chaque choix.
Dans cet environnement complexe, l'accompagnement d'un expert-comptable n'est pas un luxe, mais une nécessité. Il pourra analyser votre situation spécifique, simuler les différents scénarios de rémunération et vous conseiller sur la stratégie la plus adaptée à vos objectifs et à ceux de votre SASU. N'hésitez jamais à solliciter son expertise pour naviguer sereinement et efficacement dans ces eaux souvent tumultueuses.